Ma vie de papa (1)

Vous vous en doutez, je suis avec attention les publications de ma femme sur ce blog et sur son compte Instragram. Cela me permet de revivre nos quatre premiers mois de parents mais également de mieux comprendre ce que ma femme n’ose pas forcément énoncer oralement mais qu’elle parvient à écrire ici.

Sur ce blog que j’affectionne, il est beaucoup question de la mère. Mais alors, qu’en est-il du père ? L’arrivée d’un enfant est une sacrée aventure, pour le papa aussi. C’est pourquoi Diane m’a proposé de vous livrer mes impressions, sans ombrage, sur son blog.

En écrivant cet article, j’ai commencé à réaliser qu’il serait long, très long, que beaucoup de choses nécessitaient d’être dites. Alors, pour des questions de confort de lecture, je vais le scinder en épisodes !

 

LA CONCEPTION

Tout commence ici, le jour où vous décidez, votre femme et vous, « d’essayer ». Sachez tout d’abord qu’il n’est pas si aisé de concevoir un enfant et qu’il faut souvent s’armer de patience : la conception peut prendre entre 6 et 14 mois (et bien plus dans certains cas) et lorsqu’on a compris le fonctionnement d’un cycle féminin, on réalise que la « fenêtre de tir » est en fait très réduite chaque mois et que nous, messieurs, avons intérêt à nous tenir prêts le moment venu. Mais nous ne sommes pas (que) des machines, nous avons nos vies, nos boulots, nos problèmes, notre libido et il n’est pas toujours évident d’être « in the mood » lorsque votre moitié vous attend de pied ferme. Et comme souvent, psychologie oblige, c’est quand il le faut vraiment que cela ne veut pas. Je grossis le trait mais il reste néanmoins un fond de vérité dans ces quelques mots.

Alors, évidemment, il existera toujours des couples qui réussiront du premier coup et qui ne se gêneront pas pour vous jeter leur fierté au visage, comme s’ils venaient de compléter un tour du monde sur les mains, les yeux bandés. Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes couples dont les enfants ne pleurent jamais, font leurs nuits en sortant de la maternité et ont un QI de 155 à trois mois. Pour les autres, les gens normaux, l’attente peut devenir oppressante beaucoup plus vite que je ne l’imaginais et le moral est rapidement touché par les échecs successifs, la virilité est blessée et un sentiment de « devoir conjugal » s’installe, ce qui n’arrange rien pour la tentative suivante. Le couple, lui-même, en souffre rapidement car une sorte de déception cyclique se met en place. Et pourtant, il est notoire qu’une conception nécessite du calme,  de la patience, de l’apaisement et un couple fusionnel et solide. Malgré cela, dans ce contexte précis, il est extrêmement difficile de garder la tête froide et de se dire que la prochaine sera la bonne.

Et puis un matin, inconsciemment, j’ai trouvé ma femme différente, changée, se plaignant de petits maux comme de ses seins douloureux ou de la qualité gustative de certains aliments. Je n’y prêtais alors pas attention, elle non plus je pense mais cela s’est reproduit le lendemain et puis les jours suivants. Au bout de cinq jours, j’ai commencé à prendre conscience et espérer mais nous n’en parlions pas, certainement une sorte de peur superstitieuse. Lorsqu’enfin il était possible de faire un test de grossesse (il faut attendre quelques jours après le retard de règles, soient deux semaines minimum, c’est long…), ma femme se glissa discrètement hors du lit un matin tôt, fila à la pharmacie pour acquérir le précieux sésame. Ce fût alors l’un des plus beaux réveils de ma vie…

Pendant cette période, ma femme et moi-même avons usé de toute notre complicité et de notre amour pour mettre à bien cette conception. Cela n’aide pas à la conception en elle-même bien entendu – de nombreux couples très amoureux éprouvent des difficultés à concevoir – mais cela permet en tous les cas de tenir le coup pendant de nombreux mois, une dizaine dans notre cas.

LA GROSSESSE

Toute la période de la grossesse est un moment magique. Les sentiments sont exacerbés, votre complicité de couple croît et votre famille vous entoure. Pourtant, toute la grossesse ne se ressemble pas et on peut selon moi la découper par intervalles de trois mois qui sont chacun assez différent des autres.

0 À 3 MOIS

Les premières semaines sont fantastiques, votre femme a en général fait confirmer sa grossesse par un prélèvement sanguin : cette fois, plus d’erreur possible, l’œuf est là et se développe. Ce fut une période très complice avec ma femme, nous mourrions d’envie de le crier au monde, de l’annoncer à la famille et aux amis mais objectivement, nous étions ravis de partager ce secret absolu, juste tous les deux. Ce sont aussi des mois un petit peu frustrants car le ventre de votre femme ne grossit pas ou à peine; de plus, votre femme dit sentir dans son ventre comme des bulles de champagne mais le mari, lui, ne sent rien du tout. Cela reste donc très abstrait pour l’homme mais j’étais néanmoins sur un petit nuage.

Seule ombre au tableau, ma femme dû faire face à de violentes nausées le deuxième et troisième mois. Tout l’écoeurait alors, et je me sentais incapable de l’aider jusqu’à ce que je tente un remède de grand-mère :  le jus de citron glacé. J’ai ainsi pu avec satisfaction préparer tous les soirs, dans un thermos, le seul breuvage capable d’atténuer les effets de ces nausées tenaces. Je devais malgré tout apporter une attention particulière aux odeurs et aux aliments qu’elle ne pouvait plus supporter, comme le poulet par exemple, qu’elle affectionnait énormément auparavant et qu’elle n’a pas pu consommer jusqu’à plusieurs semaines après son accouchement.

3 MOIS

Les trois mois sont une étape importante à franchir à double titre : premièrement car les risques de fausse couche diminuent drastiquement à ce stade. Or, c’est une crainte profonde et sournoise qui hantent les parents aux débuts de chaque grossesse et surtout pour le premier. Deuxièmement, parce qu’il est temps d’aller vérifier ce qu’il se passe dans ce ventre. La première échographie requiert pour les parents beaucoup d’imagination, ce qui n’est pas le cas du médecin qui est capable de voir tête, membres et même sexe en un coup d’oeil mais qu’importe, c’est un moment inoubliable, extraordinaire, de voir ce fœtus de quelques centimètres s’agiter dans son liquide amiotique. Nous avons voulu connaitre le sexe, le médecin nous a alors annoncé une fille à 90% de certitude. Nous sommes repartis, échographie sous le bras, heureux et fiers comme des coqs. Mais de quoi étions-nous fiers ? D’avoir conçu un enfant, comme le font depuis des millions d’années toutes les espèces animales terrestres ? De voir ce fœtus de la taille d’un haricot sauter dans tous les sens au point que l’échographe ne parvienne pas à avoir une image fixe?  Nous nous savions un peu ridicules mais peu nous importait, notre bébé était déjà le plus beau et le plus intelligent et nous l’aimions comme jamais.

3 À 6 MOIS

Les trois mois suivants sont impressionnants : contrairement à la femme qui vit la grossesse de façon concrète depuis 3 mois, l’homme peut enfin apercevoir les signes extérieurs comme le ventre qui s’arrondit ou les coups donnés par le fœtus. L’homme prend conscience de ce moment merveilleux qui s’annonce et ce fut à cet instant que mon instinct paternel commença à naitre. C’est aussi une période agréable pour la femme qui ne ressent pas de gêne excessive et qui profite pleinement de ce petit être qui croît en elle.

C’est aussi à la fin de cette période qu’intervient la deuxième échographie qui montre un bébé bien développé, très agité, parfait en tous points et dont le sexe vous est confirmé. Votre fierté de futurs parents ne tarit pas, bien au contraire…

6 À 9 MOIS

Depuis le premier jour de grossesse où vous trouvez le temps long en comptant les neuf longs mois précédant la délivrance, vous commencez enfin à ce stade à entrapercevoir le dénouement se profiler. Les septième et huitième mois sont une période agréable pour la plupart des futurs parents. Il est très impressionnant de voir le ventre de sa femme doubler ou tripler de volume. Cela allait extrêmement bien à ma femme qui ne prit pas de poids en dehors de ce qui était strictement requis.

Malheureusement, nous avons dû faire face, dès le septième mois, à une MAP ou Menace d’Accouchement Prématuré : notre petite fille chérie semblait pressée de rencontrer ses parents. Les médecins nous ont rassurés quant au fait que les chances d’être viable dépassait les 90% mais elle restait un minuscule bébé (1k500 de mémoire), le risque zéro n’existe pas et cela signifiait surtout un placement en couveuse dès sa naissance. Après avoir réussi à bloquer l’accouchement, les médecins ont recommandé à ma femme un repos absolu : sans parler d’alitement à proprement parler, cela signifiait tout de même de limiter les sorties, la marche, les déplacements ou toute autre activité nécessitant un effort. Ce fut une période plus difficile pour elle comme pour moi, l’ennui s’est vite installé de son côté, l’inquiétude du mien. J’ai dû être prévenant, patient et présent à chaque instant, m’occuper d’un nombre considérable de détails du quotidien. J’ai servi de conseiller, d’intendant, de pilier, d’assistant, d’épaule et faisais ce qui était en mon pouvoir pour remonter le moral et rendre la vie de ma femme plus douce.

Finalement, après plusieurs semaines de monitoring hebdomadaires à domicile au cours desquels étaient vérifiés l’état de santé du bébé, les contractions et l’ouverture du col de la maman, Diane a tenu bon et le jour précis où la naissance ne serait plus considérée comme prématurée et donc où un placement en couveuse n’était plus nécessaire, Diane a accouché, un mois avant terme, d’une petite Louise, magnifique petite fille poids plume de 2k710.

PROCHAINE ÉTAPE

En toute logique, la prochaine étape est l’accouchement. Suivez ce blog pour la suite de ce post.

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