Ma vie de papa (2)

C’est avec plaisir que je vous dévoile la suite de mon article dans lequel j’ai abordé la conception et la grossesse. Il est à présent temps de passer à l’étape suivante et non des moindres.

L’ACCOUCHEMENT

Ma femme a commencé à redouter l’accouchement avant même de tomber enceinte, et quand je dis redouter, le terme est faible. Soyons honnêtes, c’est une chose que nous, les hommes, ne pouvons pas comprendre. Nous imaginons bien que c’est un moment crucial, très intense moralement pour le couple et physiquement pour la femme. Nous savons également qu’un accouchement est très aléatoire et peut se dérouler à merveille comme devenir un marathon pour la vie, pouvant engager le pronostic vital de l’enfant comme de la mère. Mais nous ne sommes pas celui qui va subir la terrible délivrance d’un être de plusieurs kilos à travers l’équivalent du chas d’une aiguille. Malgré mon ignorance sur le sujet, je faisais ce qui était en mon pouvoir pour la rassurer et l’encourager mais comment promettre que tout se passera bien sans garantie de pouvoir tenir parole? De plus, le risque d’accouchement prématuré auquel nous faisions face n’aidait pas spécialement à nous rassurer.

LE DÉCLENCHEUR

La veille de l'accouchement

La veille de l’accouchement

Ma femme est restée alitée pendant de longues semaines. Son col ouvert et ses nombreuses contractions laissaient craindre le pire. Pourtant un vendredi soir, avec accord de notre obstrétricien, un couple d’amis nous invitait à leur soirée, et nous décidions de nous y rendre pour la simple raison qu’ils habitaient à moins de 500 mètres de chez nous. De plus, depuis ce jour précisément, notre bébé ne serait plus considéré comme prématuré s’il venait à naitre. Or, comme souvent au cours d’une soirée, les invités restent debout et vous êtes un peu contraint d’en faire de même si vous souhaitez réussir à avoir une conversation normale. Le dimanche suivant, réveillé plus tôt que ma femme, je me glissais hors du lit pour la laisser dormir et aller trainer dans le salon. C’est une heure plus tard que ma femme m’appelait sur mon portable pour m’annoncer, en substance :

« Viens vite, idiot, tu vas être papa »

Il se trouve que ma femme m’appelait depuis de longues minutes et que, portes fermées, je n’entendais rien. Arrivé en courant dans la chambre, Diane m’annonça qu’elle avait perdu les eaux. Je m’étais imaginé de nombreuses fois cette scène comme un chaos épouvantable, à courir dans tous les sens, brasser de l’air, pour rassembler les affaires, perdre les clés de la voiture ou me tromper de route ou pire, tomber dans un embouteillage effroyable. En réalité, grâce à l’organisation de ma femme, tout était prêt pour le départ. De mon côté, j’avais les clés de la voiture, un plein d’essence et, dimanche matin aidant, nous sommes arrivés à la clinique en 20 minutes chrono, sans aucun stress et avec une motivation sans faille.

LE TRAVAIL

Par avance, je tiens à m’excuser auprès de toutes celles qui ont connu des accouchements difficiles car mon objectif n’est pas de vous narguer ni d’en retirer une quelconque fierté, mais il faut avouer que Diane a eu un accouchement particulièrement extraordinaire. Je m’étais préparé à m’ennuyer pendant des heures en attendant la délivrance, j’avais anticipé des cris, des larmes et du sang en salle de travail, j’ai prévu un moment terriblement fort en émotion. Je n’avais raison que sur le dernier point : Diane a donné la vie à une petite Louise 5h après notre arrivée à la clinique en 30 minutes de travail, dans un calme étonnant. Pour un premier enfant, c’est une belle performance. Pendant le travail, je me suis senti complètement inutile et désarmé, je me contentais de tenir la tête de Diane par la nuque pour l’aider à se relever – elle m’a expliqué plus tard que ça l’avait énormément aidée et que j’aurais même dû y mettre plus de force. Ces 30 minutes m’ont paru longues, spécialement à cause de l’obstétricien qui encourageait Diane en répétant, toutes les 2 minutes :

« C’est très bien, encore une poussée, la dernière… »

J’ai fini par croire que cela ne se passait pas comme prévu, je nous voyais déjà partir en césarienne d’urgence. De plus, Diane commençait à s’épuiser et me regardait, en pleurs, en me disant qu’elle n’y arriverait pas. Mais évidemment, elle l’a fait, avec courage, aidée par une sage-femme très efficace, un obstétricien professionnel et rassurant, et une péridurale bien venue.

J’ai immédiatement fondu en larmes, de façon incontrôlable, pendant de longues minutes en découvrant notre petite fille de 2k710, un micro-format pour ce bébé trop pressé de naitre. Aujourd’hui, l’émotion est toujours aussi vive en écrivant ces lignes.

BIENVENUE À LOUISE

Naissance Louise

Sitôt née, Louise était posée, peau-à-peau, contre Diane. Je me souviendrai longtemps du regard de ma femme posé sur ce petit être, mêlant incrédulité, soulagement et amour maternel. Nous pûmes profiter de cet instant fantastique pendant de longue minutes et Louise se vit offrir une tétée de bienvenue. Je suis encore surpris par l’instinct de ces bébés, quasi-aveugles, désorientés, âgés de 10 minutes qui sont capables de détecter un sein et de l’engloutir.  En revanche, née un mois trop tôt, un peu frêle, et certainement épuisée par cette grande aventure, la pauvre n’eut la force de téter que quelques gorgées d’un colostrum bienfaiteur.

Après auscultation par le pédiatre,  fortement incité – presque contraint – par la sage-femme, j’ai dû habiller Louise, placée dans la couveuse chauffée, de 3 couches de vêtements. Cette affaire là m’a pris plus de 30 minutes, la tête sous le chauffage, à compter les doigts de chaque main en enfonçant les manches de peur d’en oublier un en chemin, à transpirer à grosses gouttes à cause de la chaleur et à essuyer mes larmes d’émotion. Elle semblait si petite et si fragile. Puis ce fût l’heure du premier biberon et là encore, j’eus la primeur de ce moment éblouissant.

le premier biberon

le premier biberon

Les jours suivants furent magiques : Diane était dans une forme olympique , fière du travail accompli et de son corps si bien rétabli en à peine quelques heures. Pour ma part, profitant d’une partie de mon congé paternité, je passais des heures à la maternité pour tenir dans mes bras ce petit être mais aussi pour apporter à Diane de quoi relever un peu le niveau culinaire de la clinique. Nous nous émerveillions de ses cris d’oiseau, si adorables, qui faisaient déjà fondre nos coeurs. Quelle fierté ressentie lors de la visite de nos familles, c’est bien simple, j’étais incapable de décrocher mon regard de Louise, au point d’en devenir mal poli. Je passais des heures à l’observer, à la contempler, je la trouvais magnifique et à peine marquée par l’accouchement : une peau fantastique, plein de cheveux et un teint halé de sports d’hiver. J’ai pu profiter de ces quelques jours d’insouciance dans ce cocon médicalisé, entouré de sages-femmes et de puéricultrices rassurantes.

Vue de la chambre de la maternité

Vue de la chambre de la maternité

Diane, quant à elle, a progressivement subi le contre-coup : son instinct maternel s’étant immédiatement mis en ordre de marche, elle ne parvenait plus à dormir, soit pour surveiller le sommeil de Louise quand elle dormait avec elle, soit d’inquiétude quand Louise était dans la nurserie. J’ai ainsi vite compris que, pour une maman, être enceinte signifiait la protection permanente du nourrisson dans la chaleur réconfortante du ventre et que l’accouchement envoyait brutalement ce nourrisson dans la vie, avec ses dangers, ses difficultés, où il allait devoir tout apprendre pour survivre, y compris à s’alimenter.

LE RETOUR À LA MAISON

Sortie maternité

Sortie maternité

LA FUITE

Nous sommes sortis de la maternité, heureux, car nous avions hâte de présenter sa chambre à Louise. Epuisée par l’accouchement, cette dernière passait des heures entières à dormir, ce jour-ci ne faisait pas exception, nous la couchions en arrivant et nous posions dans le canapé. Moins de 15 minutes plus tard, nous fûmes tirés de notre béatitude par de sourds coups de masse provenant de l’appartement du-dessus – celui-ci étant en effet en travaux depuis plusieurs semaines – et nos cœurs se sont serrés en entendant Louise de réveiller en pleurant. Je montais alors à l’étage du dessus, en courant, furieux, pour faire cesser ce vacarme. Le chef de chantier, très compréhensif, m’annonçait terminer dans l’heure mais que, manque de chance, le ponçage du parquet était prévu toute la semaine suivante. Pour avoir déjà poncé un parquet, j’avais bien conscience du bruit engendré, j’étais totalement abattu, désespéré. J’ai bien tenté de joindre le propriétaire pour lui faire repousser ses travaux mais sans succès. Nous avons donc fait la seule chose possible : nous avons appelé mes beaux-parents qui, heureusement, ont accepté de nous accueillir chez eux dès le lendemain, samedi, pour toute la semaine suivante.

L’HÔPITAL

Au cours de la nuit de vendredi à samedi, Diane a commencé à ressentir une forte douleur dans le mollet. Sensibilisée à ce sujet quelques jours plus tôt, elle a immédiatement appelé SOS Médecins nous a envoyé un médecin froid et peu concerné, qui nous avait tout de même conseillé de nous rendre aux urgences le lendemain si la douleur ne passait pas. C’est ainsi que, dans la matinée, mes beaux parents furent de nouveau mis à contribution pour garder notre petite Louise pendant que j’accompagnais Diane à l’hôpital, où elle fut rapidement prise en charge par un interne, sans que j’eus l’autorisation de la suivre. Comme souvent avec les médecins, le ton fut médical, le diagnostic tranchant et les explications brutales, pour ne pas dire cruelles : « thrombose veineuse profonde, pas grave en soi mais peut dégénérer en embolie pulmonaire pouvant entrainer la mort ». La chose la plus intelligente à dire à une jeune maman paniquée, séparée de son enfant et bourrée d’hormones… Je regrette encore aujourd’hui de ne pas avoir pu exprimer ma façon de penser à ce médecin.

Me retrouvant alors tiraillé – pour ne pas dire déchiré – entre ma femme hospitalisée et mon bébé à la maison, pour la première fois de ma vie entière, j’ai paniqué. Je ne parle pas d’une simple peur, ni de crainte ni même de terreur, je parle bien de panique, au sens médical du terme : incapable de réfléchir, le souffle court, suffoquant, entrant et sortant des urgences comme une bête folle, la vision trouble et une nausée tenace, je me voyais veuf, perdant la femme de ma vie et papa d’une petite fille dont j’allais devoir m’occuper seul. Finalement, au prix d’un effort qui me paru surhumain, je parvenais à me contrôler et pris le parti de rentrer m’occuper de ma fille tandis que le père de Diane était en route pour l’hôpital. Ce furent des heures extraordinairement intenses, j’étais fou d’inquiétude. Finalement, après une solide injection d’anti-coagulant, Diane est sortie de l’hôpital, et nous avons pu débuter notre déménagement, deux voitures pleines à craquer avec un bébé d’à peine 6 jours. L’arrivée chez mes beaux-parents a été un soulagement inouï, Diane et moi étions délestés de la partie intendance générale, nous pouvions nous concentrer sur Louise et sur nous-mêmes. Je retournais alors travailler le lundi suivant, mon cœur de papa gonflé d’une fierté que je savais irrationnelle mais tellement motivante.


En guise de conclusion, je souhaitais ajouter que je reste impressionné, aujourd’hui encore, par la vitesse à laquelle femmes et hommes passent du statut d’individus, de couple sans enfant, au statut de parents.

Je vous dis à bientôt pour un prochain épisode.

Une réflexion sur “Ma vie de papa (2)

  1. Daphné dit :

    Très bel article. Super émouvant. (Bon ok j’ai même pleuré!).
    Je prends les articles dans le désordre, mais il est très très chouette ton blog Diane. Bravo! et au papa aussi! ( c’est tellement rare les hommes qui prennent la plume pour se confier un peu <3)
    J'attaque la suite, j'ai encore pas mal de lecture devant moi…

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