A toi

L’amour est torture, enchantement, violence, douceur, conversation, silence. Il est bonheur et chagrin. Il est profondeur et légèreté. Il est léger comme de la cendre. » Jean d’Ormesson

On s’est parlées par hasard, une minute pour commencer, puis une demi-heure puis des heures. Aujourd’hui, je veux écrire ces mots pour toi. Parce que tu vis avec une force incroyable un mal méconnu et tenu secret et que la seule chose que je peux faire pour t’aider, c’est essayer de t’apaiser avec mes mots.

Dès les premiers symptômes, on a partagé ton secret, bien caché dans le creux de ton ventre, invisible encore aux yeux des autres. J’étais si heureuse pour toi. Je savais à quel point cet enfant, tu le désirais. Tu n’osais pas vraiment y croire, tu n’avais même pas de retard. Mais, tu savais. Une prise de sang négative nous a fait douté, mais ton instinct était plus fort que la médecine, et quelques semaines après la prise de sang nous disait que cette fois tu portais la vie.

Un bébé d’été. Tu l’imagines déjà dans ses barboteuses, les jambes nues, dans son couffin posé sur une pelouse. Tu imagines déjà votre famille s’agrandir et les instants de bonheur qui vont suivre.

Puis rapidement, tes nausées et vomissements empirent. Tu sais ce que c’est. Tu l’as déjà vécu. L’hyperemesis Gravidarum. Derrière ce nom barbare se cache , pour les femmes enceintes concernées, des nausées et vomissements extrêmes, une perte de poids parfois impressionnantes, de la déshydratation, et parfois même des dommages aux reins et foies. Moins de 3% des femmes en souffrent pendant leurs grossesse. Cette pathologie mise en lumière par Kate Middleton, n’a pourtant rien de royal. Bien que connue, cette pathologie n’est pourtant pas bien traitée par le personnel médical, qui pour traiter ces femmes atteintes, les confinent dans le noir complet, leur interdisant jusqu’à la visite de leurs conjoints. Dans une chambre d’hôpital, on les coupe du monde extérieur, avec une interdiction allant jusqu’au téléphone portable. Pour se reposer des nausées. C’est en tout cas l’expérience que tu m’as livrée , l’expérience que tu avais vécu et que tu redoutes à présent. Mais qui ne t’a pas empêché de désirer cet enfant et de l’aimer déjà si fort.

Et tu souffres en silence, jour après jour, heure après heure. Tu te lèves tous les matins, tu vas au travail. Tu me confies ta souffrance, ton calvaire, ce fardeau, en serrant les dents. Tu affrontes les remarques désobligeantes de femmes qui te demandent si tu te fais vomir, si tu es anorexique, si tu n’as pas trop maigri quand même. Tu affrontes le regard de tes proches qui te jugent sur cette perte de poids importante, sans réellement savoir ce qu’ils pourraient faire pour toi et ce qui se cache derrière cette dernière. Tu cours pour rentrer le soir, puisant les dernières forces qu’ils te restent pour apercevoir ton enfant 5 min avant qu’il se couche. Tu te lèves la nuit pour subvenir à ses besoins, alors que ton corps vacille.

Et dernièrement, je vois ton état empirer. Le médecin aussi, puisqu’il t’a arrêté. Tu n’es plus capable de tout assumer. Tu as pourtant tellement essayer. Tu as continué d’aller au travail, de t’occuper de ton enfant, de te forcer à manger repas après repas malgré le dégoût et les vomissements que cela causera. Tu as réuni toutes tes forces pour essayer de vivre au mieux, vivre normalement. Mais ton corps ne peut pas.

Si je t’écris ces lignes, c’est je sais que l’heure est maintenant à l’hospitalisation certaine. Et je veux te dire que tu es certainement une des femmes les plus courageuses que je connaisse. Que tu te bats pour ce que tu veux dans la vie, peu importe ce que cela implique. Que tu donnes ton corps pour donner la vie et que c’est la plus belle chose du monde. Ce n’est pas ta pathologie qui te rend forte, mais la manière dont tu la gères, sans plaintes, mais avec détermination et courage.

C’est aussi pour te dire que tu as tenu déjà si longtemps , et que dans quelques semaines, deux – trois tout au plus, le cauchemar sera fini. Tu pourras profiter. Retourner travailler. Sortir. Retrouver l’appétit. Ne plus être malade. Sourire. VIVRE.

Et dans quelques mois, tu auras le plus beau des bébés dans tes bras, et tout ce cauchemar ne sera plus qu’un douloureux mais lointain souvenir.

Alors, maintenant reposes toi, pour toi, pour ton bébé, pour ton enfant à la maison. Ils iront très bien et tu reviendras vite à eux en forme. Ca va aller, je te promets. Accroches toi encore quelques semaines.

Et pas la peine de te dire que tu peux m’écrire toutes les minutes pour me dire que tu en as marre, que tu n’en peux plus. Tu le sais déjà. Et j’essayerais du mieux que je peux, avec la douleur que ça me coûte de savoir que tu souffres et de ne pas pouvoir aider, de te remonter le moral en te racontant les potins les plus rigolos du moment.

 

 

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