3 petites lettres entre nous

Bientôt je te raconterai. C’est ce que je t’avais dit il y a quelques semaines. Il m’était alors impossible de coucher sur le papier des mots encore trop douloureux. Il me fallait alors encore savourer le bonheur de t’avoir dans mes bras, te regarder avaler avec avidité ce lait maternel, tenir tes doigts dans le mien.

Tout a commencé par 3 petites lettres sur une feuille d’analyses. CMV. Positif. Un coup de fil du laboratoire me demandant de contacter de toute urgence mon médecin. Ce jour fut le début d’une longue attente, attente qui a pris fin quelques jours après ta naissance pour avoir enfin les résultats définitifs.

Il te faut d’abord comprendre ce qu’est le CMV. ou CytoMégaloVirus (un brin ironique ce nom, non?), est un virus issu de la famille de l’Herpès. Il passe souvent inaperçu, ayant pour principal symptôme un état grippal et une fatigue importante. Ce virus est très fréquent dans le monde de la petite enfance (notamment en crèche). « Chez la femme enceinte, le CMV le virus peut aussi se transmettre au fœtus par le placenta et peut provoquer des troubles de développement. Comme le rappelle le Dr Jacquemard (Unité de diagnostic prénatal de l’hopital américain) « si la maman est infectée pour la première fois par le cytomégalovirus durant les 3 premiers mois de la grossesse, le fœtus est exposé à des risques graves : atteinte cérébrale, retard mentale, surdité sévère  » mais aussi mort in utéro. On estime que la moitié des femmes enceintes sont séronégatives (donc n’ont jamais auparavant été exposés à ce virus).Selon la Haute autorité de santé (HAS), entre 0,6 % et 1,4 % des femmes enceintes font une primo-infection au CMV .

Tout d’abord, il a fallu dater l’infection au CMV pour savoir si je l’avais contracté avant ou pendant la grossesse. Puis on a su que c’était une primo-infection lors du premier trimestre de la grossesse. Premier coup dur. Très vite, mon gynécologue-accoucheur nous oriente vers un spécialiste du CMV. On nous parle du faible risque d’infection sur le foetus mais aussi d’amniocentèse, de prélèvement dans le cordon, de mort in utéro, d’IMG (Interruption médicale de grossesse)., de retards mentaux, de surdité. On nous donne des chiffres. Ces chiffres sont rassurants en soit. Le foetus n’a que 30% de risques d’être infecté. Et sur ces 30%, on nous a dit qu’il y avait seulement 3 à 5 enfants auront des conséquences liés au CMV. Le seul moyen de savoir si le bébé a été infecté est de faire une amniocentèse ou d’attendre la naissance pour le savoir.

Nous avons longuement réfléchi avant de décider de faire une amniocentèse, pesant les pour et les contre, comparant les statistiques. Le risque d’avoir un bébé infecté par le CMV est bien plus faible que le risque de faire une fausse couche après une amniocentèse (qui est faible aussi 1/1000). C’est finalement mon accoucheur qui nous a convaincu de réaliser cet examen pour pouvoir être soulagés si nous apprenions que le foetus n’avait pas été infecté et ainsi poursuivre une grossesse plus sereine (les risques sur le développement normal du foetus étant beaucoup moins importants en seconde partie de grossesse). Mais aussi de pouvoir décider ce que nous voudrions faire si on apprenait que le bébé avait été infecté (faire des examens complémentaires, aborder la question douloureuse d’une IMG…)

Entre chaque examen, chaque prise de sang, chaque rendez-vous avec les médecins, il se passe des semaines où le temps me semble si long. Avec cette impossibilité de savoir si tu vas bien. Mais surtout, pendant ces périodes d’attente où l’on ne pouvait rien faire, mon cerveau a tout envisagé. Dont le pire : un bébé infecté par le CMV et devoir penser à pratiquer une IMG en sachant que le bébé avait une chance d’être sain. Tout cela, pendant que je sentais tes premiers coups dans mon ventre. Si forts et intenses. Tellement plein de vie.

C’est au cours du 5e mois, un vendredi matin, que l’on a pratiqué cette amniocentèse. Déjà 1 mois et demi d’angoisse. Je me souviendrais de cette salle glaciale, de l’attente interminable du spécialiste bloqué dans les embouteillages, de sa froideur mais de son professionnalisme, de cette aiguille qui prélevait ton liquide amniotique pendant que je me concentrais sur tes images qui apparaissaient sur l’échographie pendant l’examen.

Les résultats sont tombés une semaine plus tard, et quand le numéro du spécialiste s’est affiché sur mon téléphone, je n’ai pas pu répondre. J’ai attendu 5 minutes avant d’avoir le courage d’écouter son message. Qui était porteur de la nouvelle qui allait enfin nous libérer de cette angoisse insoutenable. Tu n’avais pas été infectée par ce fichu CytoMégalovirus. Il fallait continuer une surveillance étroite par échographies tous les 15 jours mais nous avions échappé au pire. J’ai savouré cette nouvelle seule, 15 min, laissant les larmes de soulagement couler, avant de pouvoir la partager avec ton père. Une promesse d’un bel avenir s’ouvrait enfin à nouveau.

Jusqu’à ta naissance, nous avons réalisé une échographie tous les 15 jours, pour suivre ton développement au plus près. Et à chaque fois, cette boule au ventre, cette peur qu’on découvre quelque chose. Ton petit poids a parfois inquiété (et quand je te vois aujourd’hui avec tes grosses joues, j’en souris!) mais tout semblait aller pour le mieux. Il faudrait attendre la naissance et un examen salivaire pour enfin pouvoir tourner la page du CMV.

Je ne pourrais exprimer avec les mots justes le bonheur que j’ai ressenti lorsque je t’ai senti sur moi pour la première fois. Lorsque je t’ai regardé, si petite, si précieuse. Lorsqu’on m’a annoncé que tu étais une petite fille. Ta naissance a été une vraie délivrance et jamais les mots « peu importe que ça soit une fille ou un garçon, l’important est qu’il soit en bonne santé » n’auront eu autant de sens. Tu étais, tu es si parfaite, à mes yeux de maman.

Il faudra attendre la veille de ta première semaine pour que la sage-femme qui nous m’a accouché nous annonce, par téléphone, à 23h, « parce que je me suis dit que vous voudriez le savoir tout de suite » , que le test salivaire est revenu négatif et que tu n’as pas été infecté. Des larmes de joie, de bonheur, de fatigue ont longuement coulé. Des mois de stress, d’angoisse venaient en quelques secondes de prendre fin. Tu vas bien. Tu n’as rien. Je crois qu’il me faudra plusieurs mois pour pouvoir le réaliser. Ma championne. Tu as définitivement mérité ton petit surnom. La vie à 4 peut enfin commencer sereinement. Merci la vie

Au début, je me suis dit que je n’aurais jamais voulu savoir que j’avais contracté ce virus, les probabilités que le foetus ayant été atteint si faibles et les inquiétudes si importantes. Que ça a été beaucoup de stress pour « rien ». Que si je ne l’avais pas su, j’aurais vécu une grossesse normale et que je ne me serais jamais douté de rien.

Oui, mais , c’est évident que cela a forgé la relation que j’ai aujourd’hui avec toi. Cela a fait de moi une mère patiente, sereine, et heureuse dès les premiers instants. C’est sûrement cela qui fait que je savoure chaque instant depuis ta naissance, même les réveils multiples, les déjeuners et diners pris sur le pouce pour te prendre dans les bras, les heures à te donner le petit doigt pour te calmer. Que je vis avec beaucoup plus de sérénité ton RGO, même si bien évidemment cela me fait mal au coeur de te voir souffrir. Que je n’attends pas les 100 jours pour que tu fasses tes nuits ou que ça soit plus facile. C’est aussi sûrement grâce à cela que je me suis accrochée pour t’allaiter. Et que je vis beaucoup plus l’instant présent et les petits bonheurs qui s’offre à nous.

Voilà, le début de notre histoire, ma championne. Maintenant, tu as une belle et longue page blanche pour écrire ton histoire.